11 octobre 2013

Ingress : le jeu mobile qui fait marcher les geeks ! - pcworld.fr


Publié le  par Denis Leclercq  dans Téléphonie & VoIPHigh-TechTablettesJeux Vidéo

Au détour d'une recherche des applications développées par Google sur le Play Store, nous sommes tombés sur Ingress. Sans s'en apercevoir, nous venions de mettre le doigt sur un concept de jeu terriblement addictif, entre réalité augmentée, stratégie et communauté. Seul pré-requis, il faut aimer marcher...

Ingress Niantics Project actu octobre 2013 (1)La qualité moyenne des jeux mobiles est souvent jugée comme inversement proportionnelle à la quantité de titres disponibles sur smartphones et tablettes, et il est dans ce contexte salvateur de découvrir des expériences différentes. C'est typiquement le cas du jeu baptisé « Ingress » développé par Google lui-même. Lancé en novembre 2012, uniquement disponible sur la plateforme Android, Ingress ne s'appuie pas sur la mécanique facile du simple jeu d'action/réaction que l'on peut lancer dix minutes dans les transports en commun. En effet, il demande bien plus que cela...
Sa mécanique est pourtant simple. De prime abord, on pourrait presque le classer dans la catégorie des jeux de type "Capture the flag". Mais au lieu de faire évoluer un personnage virtuel sur une carte grande comme le Monde, chaque joueur est directement transformé en acteur d'une lutte entre deux clans, capables de faits d'armes mémorables qui résonneront au sein de la communauté de joueurs. Chacun est donc potentiellement un héros en puissance dans Ingress. Et chaque monument, chaque place ou chaque lieu atypique peut potentiellement être transformé en portail qu'il faut capturer pour sa Faction dans le jeu. Puisque l'on parle de factions, signalons que tout nouveau joueur devra choisir parmi deux équipes : Les Illuminés et la Résistance.
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Selon le scénario imaginé par les développeurs de Google qui tourne autour de l'activité d'une société fictive de recherche du nom de Niantics Project, deux chercheurs de cette dernière ont mis au point une technologie permettant de récolter de l'énergie exotique émanant de l'activité humaine. Ces fameux portails que nous évoquions plus tôt permettant quant à eux de concentrer cette énergie. Que ce soit du côté des Illuminés ou de la Résistance, l'objectif est simple : capturer un maximum de portails pour créer des champs de couverture en les reliant entre eux.
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De gauche à droite : un portail capturé par la résistance, les statistiques, les artefacts et une attaque...
Mais la mécanique du jeu se corse un peu. En effet, pour capturer un portail pour sa faction, il faut se déplacer physiquement sur le lieu donné pour y déposer des artefacts appelés résonateurs. De plus, il est possible d'apporter des modifications sur chaque portail pour les rendre plus robustes aux attaques de la faction adverse, ou encore amplifier leur champ d'action.

"Un kilomètre à pied, ça use, ça use ! ..."

Mais ces portails sont aussi la source de ces artefacts, que l'on peut s'approprier en les piratant. Un joueur pourra ainsi « hacker » intelligemment chaque portail situé autour de lui en fonction de son niveau et de ce qu'il souhaite/espère récupérer pour monter de niveau par la suite. Chaque élément étant géré sur un maximum de huit niveaux, qu'il s'agisse du personnage, des portails ou encore des artefacts, et chaque faction devant organiser des opérations pour créer des fermes de récoltes ou encore des champs de plus grandes couvertures.
Ingress Niantics Project actu octobre 2013 (5)Mais pour quoi faire ? C'est à ce moment précis qu'entre en jeu l'intrigue du scénario, auquel il est nécessaire de s'intéresser un minimum via les sites connexes mis en ligne par Google pour vraiment "rentrer dans le jeu". Selon les histoires que racontent les joueurs et les informations diffusées par le laboratoire Niantics Project, il se dit que les Illuminés veulent couvrir la planète de leur champ vert pour contrôler les esprits alors que la Résistance fait tout pour contrecarrer les plans des verts. Tout un programme, mais finalement, tout reste assez simple et lisible dès lors que l'on résume le jeu à un affrontement de factions.
Pour réaliser un champ de la couleur de sa faction, il faut simplement relier trois portails entre eux. Pour y parvenir, il faut que chaque portail soit doté de huit résonateurs et posséder la clé de tous les portails à connecter. Sur une courte distance, l'opération est simple puisque l'on marchera de l'un à l'autre simplement. Mais pour couvrir toute la France, c'est une autre histoire... On a d'ailleurs pu assister quelques faits d'armes récemment avec une couverture de la moitié de la France par la Résistance, ce qui nécessite de se rencontrer pour échanger des clés et de se déplacer vers les portails nécessaires.
Mais la mécanique du jeu se complexifie une nouvelle fois. Pour couvrir de longues distances, les joueurs de chaque faction doivent se rencontrer physiquement pour échanger les clés ou encore des artefacts afin de compléter les portails. En zone dense, comme à Paris, obtenir les clés soi-même est assez simple avec le réseau de transport en commun ou en vélo par exemple, ce qui est un peu plus difficile pour les petites villes ou les zones plus reculées en France.

Le MMO mais dans la vraie vie...

Ainsi, le jeu prend une nouvelle dimension avec les relations sociales entre joueurs pour organiser ces opérations de grande envergure. Des communautés de chaque faction se sont créées sur Google+ et sur la messagerie instantanée de la firme de Mountain View, Hangout. Il arrive même assez régulièrement que des rendez-vous soient proposés pour les échanges de clés et d'artefacts, ou encore pour la planification d'événements futurs. Sans cela, il est quasiment impossible de monter de niveau ou encore d'évoluer dans le jeu.
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Pour jouer à Ingress, il ne suffit donc pas de rester devant son ordinateur, confortablement installé dans son canapé ou dans son fauteuil. Le déplacement est primordial pour monter de niveau, pour récolter des objets et capturer des portails. D'ailleurs, l'application s'est dotée d'une nouvelle métrique dernièrement en indiquant le nombre de kilomètres parcourus à pied. Par exemple, nous avons parcouru plus de 21 km en quelques jours seulement. Pas de doute, c'est efficace !
Un joueur rencontré récemment nous a raconté sa vision du jeu qui résume finalement assez bien toute cette mécanique. Si l'on fait le parallèle avec le Moyen-Age et de chaque seigneurie qui contrôle des territoires pour récolter quelques champs afin de fortifier sa position. Au sein de cette seigneurie, certains seront des fermiers, d'autres des chevaliers selon le caractère du joueur. D'autres encore iront conquérir de nouveaux territoires avec le fruit des récoltes et ainsi étendre le pouvoir d'une faction ou d'une autre. Mais pour nous, ce jeu est encore plus que cela.

Un exemple de Big Data ludique

Ingress Niantics Project actu octobre 2013 (12)Toujours en statut de bêta test chez Google, Ingress évolue constamment en proposant de nouvelles possibilités ou des changements sur l'interface du jeu. Mais derrière ce jeu, il ne faut pas douter de l'objectif du géant de la recherche sur Internet : récolter à son tour un maximum d'informations sur les joueurs et leurs habitudes. En géolocalisant en permanence chaque joueur quand le jeu est lancé, Google peut ainsi savoir comment chacun se rend sur un lieu historique, et circule sur le territoire. Par la suite, l'exploitation du "Big Data" collecté via le jeu pourra se faire au travers de son service Google Maps, par exemple. D'autres joueurs pensent même que Google pourrait se servir de ces données pour promouvoir des lieux particuliers à visiter sur ses services annexes.
En dehors de cette problématique de confidentialité des données, ce jeu est addictif si tant est que l'on aime sortir de chez soi. On lui a d'ailleurs trouvé un slogan : « Ingress, le jeu qui fait marcher les geeks. » Une étude sociologique a même été menée sur un panel d'un peu moins de 1000 joueurs d'Ingress. Si certains avouent marcher bien plus qu'auparavant, d'autres, dans une moindre mesure, n'hésitent pas à prendre la voiture (le train et même l'avion) pour aller conquérir de nouveaux portails. Mais le plus important finalement, c'est que ce jeu permet de découvrir de nouveaux endroits que l'on n'aurait jamais vus sinon. Par exemple, en ce qui nous concerne, en nous baladant dans Paris, le soir avec d'autres joueurs, nous avons exploré des rues, des passages et même des arrondissements que l'on n’a pas l'habitude de traverser. Et même si on garde souvent le nez collé sur son écran de smartphone ou de tablette, la marche à pied et les lieux vers lequel le jeu nous porte nous font lever la tête.
Et nous ne sommes pas les seuls à nous être fait prendre au piège, la preuve, les statistiques de Google indiquant entre 1 et 5 millions de téléchargements de l'application. Dans le monde entier, des joueurs d'Ingress se rencontrent, partagent et font progresser l'emprise de leur faction. Google organise lui même des soirées Ingress dans les grandes villes du monde pour fédérer les joueurs et toute l'actualité du jeu fait l'objet d'un suivi attentif sur la page Google+ dédiée. Pas mal pour un jeu a priori né sur le "20% self project" de Google, qui mobiliserait aujourd'hui une trentaine de personnes au sein de la firme de Mountain View. Ce qui permet d'avoir un suivi très intéressant de l'activité des joueurs, avec de plus en plus de contenus (BD, vidéos, etc.) créés en marge de l'activité des factions dans le jeu.