24/06/2014

Interdire la cigarette électronique dans les lieux publics, c'est criminel ! - article Le Point


Le Point.fr - Publié le 19/06/2014 à 16:25 - Modifié le 20/06/2014 à 09:00
La cigarette électronique pourrait être bannie des lieux publics dès juillet. Le tabacologue Robert Molimard dénonce cette mesure qu'il juge incohérente.
La cigarette électronique est mille fois moins dangereuse que le tabac, selon le Pr Molimard.
© Capman Vincent / Sipa
Par MARION GUILLOU


Le gouvernement présentait ce jeudi sa nouvelle loi santé. Les mesures pour la lutte antitabac étaient très attendues, notamment deux projets phares : la disparition des marques des paquets de cigarettes et l'interdiction de la cigarette électronique dans certains lieux publics. Mais le gouvernement a préféré reporter son annonce à la présentation du plan national de réduction du tabagisme en juillet prochain. Dès maintenant, le professeur Molimard, médecin fondateur de la tabacologie en France, s'engage contre toute mesure contre le vapotage. Pour lui, un véritable non-sens. Interview.


Le Point.fr : Selon vous, la cigarette électronique est un substitut sérieux pour le sevrage des fumeurs. Pourtant, le vapotage est dans la ligne de mire du ministère de la Santé. Comment l'expliquez-vous ?


Pr Robert Molimard : Ce projet de loi n'a rien à voir avec l'intérêt des fumeurs ni avec celui de la santé publique. Marisol Touraine, notre ministre de la Santé, n'est autre qu'un sous-marin de l'industrie pharmaceutique. La mesure qu'elle cherche à faire appliquer a pour but évident d'éliminer un concurrent des gommes et des patchs. Rendez-vous compte du marché formidable que représente la cigarette électronique ! Je le dis depuis des années : les fumeurs ne fument pas pour la nicotine, mais pour le geste, le fait de manipuler un objet et de le mettre à la bouche. Ils cherchent en priorité à assouvir un besoin comportemental. Là où les gommes et les patchs ne les soulagent que très peu, la cigarette électronique pallie le manque de manière révolutionnaire ! L'industrie pharmaceutique rêve donc de la récupérer à son compte, sous forme de médicament, et de commercialiser elle-même les e-liquides... C'est la même chose pour l'industrie du tabac, qui lorgne les énormes potentiels que représente le marché de la cigarette électronique. Imperial Tobacco, Philip Morris, BAT, Altadis, ont déjà acheté des entreprises fabriquant des e-cigarettes, ou vont les fabriquer elles-mêmes.


Il existe pourtant des incertitudes quant à l'innocuité du vapotage.


Tout d'abord, rappelons que le rapport de toxicité entre la cigarette électronique et le tabac est de l'ordre de 1 pour 1 000. Après, oui, il existe des incertitudes au sujet des arômes. On ne sait pas quels risques éventuels il y a à les inhaler à long terme, mais rien à voir avec la dangerosité du tabac, qui contient d'ailleurs souvent les mêmes. Par rapport au tabac, les avantages de la cigarette électronique sont évidents. Pas de combustion, donc pas d'incendies, pas d'oxyde de carbone, pas de goudrons, pas de fumée obscurcissant l'atmosphère et faisant tousser le voisin, pas de tabagisme passif. Si elle pouvait se substituer totalement ou en partie au tabac, quel prodigieux bénéfice pour la santé publique !


On parle aussi d'un risque pour les jeunes. Le vapotage en public les inciterait à entrer dans le tabagisme.


C'est faux. Les premiers résultats d'études montrent déjà que la cigarette électronique n'est pas une entrée dans le tabagisme. Les jeunes l'essaient, parce que c'est dans leur nature adolescente d'être curieux. En interdisant le vapotage, on ne fait que renforcer leur intérêt pour le produit, puisque c'est le propre de la jeunesse que de transgresser l'interdit.


Pour vous, interdire la cigarette électronique dans les lieux publics serait contre-productif ?


Oui, car, aujourd'hui, la cigarette électronique est en passe de supplanter tous les autres moyens d'arrêter le tabac. Sur les forums, on est impressionné par le nombre de vapoteurs qui disent combien vapoter les aide beaucoup, contrairement aux substituts nicotiniques. En interdisant la cigarette électronique dans les lieux publics, on la met sur le même plan que le tabac. Les vapoteurs sont montrés du doigt, alors que, pour la première fois, ils ont entre les mains le moyen de sortir du tabac. Et ça, c'est criminel.